Jabali : le plus important gisement d’argent de l’'Islam médiéval
F. Téreygeol, P. Benoit*, J. Ferraud**, F. Micheau+ logo_tutelle logo_tutelle 

Zone de traitement minéralurgique sur les mines de Jabali

Le géographe yémenite al-Hamdânî écrivit au IIIe siècle de l’Hégire (Xe siècle de l’ère chrétienne), un traité sur l’or et l’argent décrivant les gisements de ces métaux précieux dans le monde musulman. Selon lui, le Yémen y tenait une place de choix en particulier grâce à la mine de al-Radrâd (actuellement site de Jabali). Le minerai, après transformation, fournissait annuellement 1 000 000 de dirhams ; toutes les semaines 20 000 dirhams quittaient la mine à dos de chameau. Ce texte a servi de base à des prospections géologiques dans les années 1980. La collaboration entre archéologues et géologues a permis la redécouverte du gisement polymétallique de Jabali, composé surtout de sulfures de plomb (galène), de zinc (blende) et de fer (pyrite). La galène contient de l’argent, les mesures actuelles donnent un taux de 0,1 %. Si les réserves sont importantes, leur exploitation semble actuellement difficile en raison du bas prix des métaux. La mission conduite en février 2004 en collaboration avec l’Université de Paris 1 et le BRGM a été très riche d’enseignements. A Jabali, sur près de 10 hectares s’étend un ensemble considérable de sites d’extractions anciens. Les mineurs exploitaient la zone d’oxydation qui constitue la partie supérieure du gisement, par des carrières à ciel ouvert, des chambres à piliers mais aussi de vastes dépilages souterrains. Trente galeries d’accès ou d’exploitation, d’une longueur de 10 à 150 m sont encore accessibles et des puits atteignant une profondeur de 25 m sont encore ouverts. A proximité immédiate, des résidus de traitement et la présence d’anciennes canalisations d’eau prouvent l’existence d’ateliers d’enrichissement. Les fonderies se trouvaient à 5 km au nord-ouest de la mine, comme l’atteste la présence de nombreux tas de scories.

 

Longtemps l’histoire de l’argent dans les pays musulmans au Moyen Age n’a été perçue que dans ses rapports avec l’Occident chrétien qui aurait fourni le métal extrait de son sol au monde musulman en échange d’or mais aussi de produits de luxe, soie et épices. Même si ce schéma apparaît maintenant dépassé, si la production d’argent en Iran, au Maroc à l’époque médiévale a été mise en évidence, il n’en reste pas moins que l’importance de la production au Proche Orient arabe reste totalement négligée. L’étude du site de Jabali permet de reprendre cette histoire sur des bases totalement nouvelles à travers l’approvisionnement en argent des ateliers monétaires du monde musulman. Mais la production dépend des techniques employées ; au moment où Jabali semble à son apogée, la production du monde chrétien occidental est dominée par un centre d’extraction, Melle (Deux Sèvres, France), qui a fait l’objet d’une étude récente et dont l’analyse comparative est en cours. *   LAMOP, Université Paris I ** BRGM, Orléans + Université Paris I

 

Maj : 20/05/2014 (334)

 

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