Mise en place d'une plate-forme expérimentale à Melle (Poitou-Charentes)
F. Téreygeol

La réussite des collaborations scientifiques entreprises par le site touristique des mines de Melle avec l’Université de Poitiers et l’Université de Paris I a incité le comité de gestion à mettre en place une nouvelle collaboration avec le CNRS et le CEA au travers d’un projet portant sur l’expérimentation paléométallurgique. Actuellement, c’est la quasi totalité de la chaîne opératoire de production de l’argent qui peut être expérimentée sur le site des mines d’argent des Rois Francs. Il ne manque qu’une seule étape : la coupellation en grand. Ce procédé a déjà été évoqué pour les essais de minerais. Il repose sur les mêmes processus physico-chimiques mais les quantités de plomb argentifères mises en jeu sont bien plus considérables puisque de quelques grammes pour l’essai, il faut traiter plusieurs dizaines de kilogrammes de plomb argentifère lors d’une coupellation. La mise en place d’une plate-forme expérimentale fixe, en collaboration avec le laboratoire Métallurgies et Cultures (UMR 5060 CNRS-UTBM) ainsi qu’avec le laboratoire Pierre Süe (UMR 9956, CNRS-CEA), permettra d’ici l’été 2005 d’expérimenter pour la première fois ce procédé qui nécessite des infrastructures lourdes. La collaboration autour de la construction de ce four fait également intervenir un forgeron et un potier tout deux professionnels. C’est en effet le croisement des données archéologiques, archéométriques et historiques avec le savoir-faire d’artisans actuels qui donne toutes les chances de réussite à cette entreprise qui offrira la possibilité aux visiteurs de découvrir l’ensemble des procédés techniques à mettre en œuvre pour arriver à produire l’argent tant convoité au haut Moyen Age.

 

Parallèlement, mais de façon tout à fait complémentaire, l’expérimentation sur le site des Mines d’Argent des Rois Francs s’est ouverte aux autres métallurgies. A présent, l’ensemble des métaux connus au Moyen Age est sujet d’expérimentation. Tout naturellement, c’est d’abord le cuivre argentifère qui a fait l’objet d’une approche expérimentale qu’il s’agisse des techniques de séparation du cuivre et de l’argent comme la liquation mais aussi à l’occasion de travaux sur les techniques de production des monnaies de billon. Des approches expérimentales sont également menées sur le cuivre et ses alliages tant dans le cadre de la production de bronze et de laiton que pour leur mise en forme et leur patine (bronze à l’or, bronze noir). Autre grand sujet de recherche, la métallurgie du fer est également représentée. L’équipe conduite par Philippe Dillmann travaille sur la phase de production du fer en posant clairement le problème du rôle des ventilations naturelle et forcée dans la réussite d’une opération de réduction du fer. La recherche sur la caractérisation des matériaux ferreux est aussi abordée selon un angle expérimental en reproduisant des soudures avec différents adjuvants. Enfin, l’or, au travers des procédés d’amalgamation et dorure, a trouvé sa place au sein de cette plate-forme. Afin d’asseoir définitivement cette ouverture aux autres métallurgies que celles du plomb et de l’argent, une seconde plate-forme expérimentale est également en construction. Elle permettra à terme d’élaborer des fours et de les conserver d’une année sur l’autre. Ainsi les opérations présentées au public deviendront encore plus efficaces car la phase de construction des fours sera particulièrement limitée permettant de se concentrer sur les opérations métallurgiques proprement dites. Le renouvellement des expérimentations va de paire avec l’évolution de la recherche. En fonction des nouvelles découvertes archéologiques sur des sites français comme étrangers, les expérimentations sont appelées à se renouveler chaque année. La paléométallurgie est un vaste sujet qui avait bien besoin d’un lieu propice à l’expérimentation et dont la pérennité soit assurée. Les Mines d’Argent des Rois Francs en fournissant l’infrastructure, les outils et le combustible assure de belles avancées scientifiques dans ce domaine. La contre partie naturelle est de pouvoir offrir aux visiteurs la vision d’une recherche vivante et active dans le domaine des arts du feu.

 

Maj : 30/07/2014 (333)

 

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